Philippe Herren

El hombre que llora


Solo hay un medio de nacer a una nueva vida: morir antes de la muerte.
Elif Shafak, Soufi, mon amour
.

A Valérie

.

He aquí el hombre que llora.
Está sentado en su coche, la cabeza inclinada sobre el volante. Es una sombra este hombre que llora en su coche. Nada puede detener el flujo de los camiones en la autopista, a las cinco de la tarde. Nada sino el llanto de este hombre fabuloso.
Ha echado sus aguas en la calzada y tres coches han salido derrapando.

He aquí el hombre que llora.

En el coche
no dice nada
la belleza
retrocede
desconecta
y va
a empotrarse
en un extraño embalaje
se oye el crujido de un sándwich

Las separaciones
se arremolinan bajo la lluvia
y después se van
como las chicas jóvenes

El hombre que llora
se separa
dice adiós
abandona
no se queda nada
llora en sobreimpresión
los acontecimientos ordinarios
a dos pasos de la estación de servicio
donde el gran hombre del surtidor
un muchacho impresionante
aprieta en su mano
la pistola
de su juventud madura
como una mancha de aceite
sobre el asfalto
reverberación
evaporación

Las separaciones
se arremolinan bajo la lluvia
y después se van
como las chicas jóvenes

Son las cinco de la tarde
el hombre que llora
no irá más lejos
ha apagado el motor
dice adiós
a esta huida hacia adelante
que le alcanza
y que le dice
nunca es demasiado tarde
para empezar
los desamores

Y por eso llora

Ha dejado partir
la belleza
en la luz vitrificada
del otoño
como una niña
sin besos
sin adioses
el caos no tiene rostro
es solo un oleaje
que te retiene
un regalo que llega de lejos
y que te derrota
en el silencio
de una mañana

Las separaciones
se arremolinan bajo la lluvia
y después se van
como las chicas jóvenes

El hombre que llora
le veo
cegado
en el área de aparcamiento
alza los codos
al gran sol
de los camiones
en el ocaso
a la hora del lago
que juega
en su retrovisor
y refleja
toda clase
de indiferencias

Y él
el hombre que llora
en esta gran tarde
que llega
se endereza
lavado
aseado
es todo belleza
fabuloso
reluciente
como un verano
mojado
se despliega
cuando el resplandor
del sol
a través del parabrisas
deposita en su mejilla
el impacto atronador
de una rosa estrellada

Y he aquí
el hombre que llora
puede regresar
con la marca
del beso
que ha ido a buscar

Las separaciones
se arremolinan bajo la lluvia
y después se van
como las chicas jóvenes
.

19 de diciembre de 2015

.


Philippe Herren. L’homme qui pleure
Traducción de Enrique Gutiérrez Miranda

L’homme qui pleure

“Il n’y a qu’un moyen de naître à une nouvelle vie : mourir avant la mort.” Elif Shafak, Soufi, mon amour.
A Valérie

Voici l’homme qui pleure.
Il est assis dans sa voiture, la tête courbée sur son volant. C’est une ombre cet homme qui pleure dans sa voiture. Rien ne peut arrêter le flux des pendulaires sur l’autoroute, à cinq heures du soir. Rien sinon les pleurs de cet homme fabuleux.
Il a couché ses eaux sur la chaussée et trois voitures sont parties en tête à queue.

Voici l’homme qui pleure.

Dans sa voiture
Il ne dit rien
La beauté
Décroche
Dévisse
Et va
S’encastrer
Dans un drôle d’emballage
On entend le froissement d’un sandwich

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s’en vont
Comme des jeunes-filles

L’homme qui pleure
Se sépare
Dit adieu
Abandonne
Ne retient rien
Il pleure en surimpression
Des événements ordinaires
A deux pas de la station service
Là où le grand bonhomme à la pompe
Un gaillard impressionnant
Serre dans sa main
Le pistolet
De sa jeunesse mûre
Comme une tache d’huile
Sur le bitume
Réverbération
Évaporation

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s’en vont
Comme des jeunes-filles

Il est cinq heures du soir
L’homme qui pleure
N’ira pas plus loin
Il a coupé le moteur
Il dit adieu
A ces fuites en avant
Que l’on rattrape
Et à qui l’on dit
Il n’est jamais trop tard
Pour recommencer
Les désamours

Et c’est pourquoi il pleure

Il a laissé partir
La beauté
Dans la lumière vitrifiée
De l’automne
Comme une fille
Sans baisers
Sans adieux
Le chaos n’a pas de visage
C’est juste une houle
Qui vous tient
Un cadeau qui vient de loin
Et que vous défaites
Dans le silence
D’un matin

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s’en vont
Comme des jeunes-filles

L’homme qui pleure
Je le vois
Ebloui
Sur l’aire de stationnement
Il lève les coudes
Au grand soleil
Des pendulaires
Dans le couchant
A l’heure du lac
Qui joue
De son miroir
Et réfléchit
Toutes sortes
D’indifférences

Et lui
L’homme qui pleure
Dans ce grand soir
Qui vient
Se redresse
Lavé
Nettoyé
Il est de toute beauté
Fabuleux
Rutilant
Comme un été
Mouillé
Il se déploie
Quand le rougeoiement
Du soleil
A travers le pare-brise
Dépose sur sa joue
L’impact bruyant
D’une rose étoilée

Et voilà
L’homme qui pleure
Peut s’en retourner
Avec la marque
Du baiser
Qu’il est allé chercher

Les séparations
Tournoient sous la pluie
Et puis s’en vont
Comme des jeunes-filles


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