Tristan Tzara

El señor Aá, el antifilósofo, nos envía este manifiesto


¡Vivan los sepultureros del traje!
Todo acto es un tiro de revólver cerebral; el gesto insignificante o el movimiento decisivo son ataques (abro el abanico de los nocauts para la destilación del aire que nos separa) y con las palabras depositadas sobre el papel, entro, solemnemente, hacia mí mismo.
En la cabellera de las nociones planto mis 60 dedos y sacudo brutalmente el cortinaje, los dientes, los cerrojos de las articulaciones.
Cierro, abro, escupo. ¡Atención! Este es el momento de decirles que he mentido. Si hay un sistema en la falta de sistema —el de mis proporciones— yo no lo aplico nunca.
Es decir, miento. Miento al aplicarlo, miento al no aplicarlo, miento al escribir que miento, pues no miento, pues he vivido el espejo de mi padre, elegido entre las ventajas del bacarrá —de ciudad en ciudad—, pues yo mismo jamás he sido yo mismo, pues el saxofón lleva como una rosa el asesinato del chófer visceral —es de cobre sexual y hojas de apuestas—. Así tamborileaban el maíz, la alarma y la pelagra allí donde crecen las cerillas.

Exterminio. Sí, por supuesto.
Pero no existe. Yo: mezcla cocina y teatro.
¡Vivan los camilleros en las convocatorias de éxtasis!
La mentira es éxtasis —aquella que excede la duración de un segundo—, no hay nada que la exceda. Los idiotas incuban el siglo —vuelven a comenzar unos siglos después—, los idiotas permanecen en el círculo durante diez años. Los idiotas se balancean en el cuadrante un año; yo (idiota) permanezco cinco minutos.
La pretensión de la sangre de esparcir por mi cuerpo y mi acontecimiento la casualidad del color de la primera mujer que toqué con mis ojos en estos tiempos tentaculares. El bandolerismo más amargo es terminar su frase pensada. Bandolerismo de gramófono, pequeño espejismo antihumano que yo amo en mí, porque creo que es ridículo y deshonesto. Pero los banqueros del lenguaje siempre recibirán su pequeño porcentaje de la discusión. La presencia de un boxeador (al menos) es indispensable para el combate; los miembros de una banda de asesinos dadaístas han firmado un contrato de autoprotección para operaciones de este tipo. Su número era muy reducido: la presencia de un cantante (al menos) para el dúo, un firmante (al menos) para el recibo, un ojo (al menos) para la vista, es absolutamente indispensable.

Introduzca la placa fotográfica de la cara en el baño de ácido.
Las conmociones que la han sensibilizado se harán visibles y le sorprenderán.
Péguese usted mismo un puñetazo en el semblante y caiga muerto.


Leído en el Festival Dada, Salle Gaveau, París, el 26 de mayo de 1920. Publicado en 391, nº 8, julio de 1920.
Tristan Tzara. Monsieur Aa l’antiphilosophe nous envoie ce manifeste (kunsthaus.ch)
Tristan Tzara. Poésies Complètes, Flammarion (pdf)
Traducción de Enrique Gutiérrez Miranda

Monsieur Aa l’antiphilosophe nous envoie ce manifeste

Vivent les croque-morts de la combinaison !
Tout acte est un coup de revolver cérébral — le geste insignifiant ou le mouvement décisif sont des attaques (j’ouvre l’éventail des knock-outs pour la distillation de l’air qui nous sépare) — et avec les mots déposés sur le papier, j’entre, solennellement, envers moi-même.
Dans la chevelure des notions je plante mes 60 doigts et secoue brutalement la draperie, les dents, les verrous des articulations.
Je ferme, j’ouvre, je crache. Attention ! C’est le moment ici de vous dire que j’ai menti. S’il y a un système dans le manque de système — celui de mes proportions — je ne l’applique jamais.
C’est-à-dire je mens. Je mens en l’appliquant, je mens en ne l’appliquant pas, je mens en écrivant que je mens car je ne mens pas — car j’ai vécu le miroir de mon père — choisi parmi les avantages du baccarat — de ville en ville — car moi-même n’a jamais été moi-même — car le saxophone porte comme rose l’assassinat du chauffeur viscéral — il est en cuivre sexuel et feuilles de courses. Ainsi tambourinait le maïs, l’alarme et la pellagre là où poussent les allumettes.

Extermination. Oui, naturellement.
Mais n’existe pas. Moi : mélange cuisine et théâtre.
Vivent les brancardiers aux convocations d’extases !
Le mensonge est extase – ce qui dépasse la durée d’une seconde – il n’y a rien qui le dépasse. Les idiots couvent le siècle – ils recommencent quelques siècles après – les idiots restent dans le cercle pendant dix ans – les idiots se balancent au cadran d’un an – moi (idiot) j’y reste cinq minutes.
La prétention du sang de répandre dans mon corps et mon événement le hasard de couleur de la première femme que j’ai touchée avec mes yeux en ces temps tentaculaires. Le plus amer banditisme est de finir sa phrase pensée. Banditisme de gramophone, petit mirage anti-humain que j’aime en moi – parce que je le crois ridicule et malhonnête. Mais les banquiers du langage recevront toujours leur petit pourcentage sur la discussion. La présence d’un boxeur (au moins) est indispensable pour le match – les affiliés d’une bande d’assassins dadaïstes ont signé le contrat de self-protection pour les opérations de ce genre. Leur nombre était très réduit – la présence d’un chanteur (au moins) pour le duo, d’un signataire (au moins) pour le reçu, d’un œil (au moins) pour la vue, – étant absolument indispensable.

Mettez la plaque photographique du visage dans le bain d’acide.
Les commotions qui l’ont sensibilisée deviendront visibles et vous surprendront.
Foutez-vous vous-même un coup de poing dans la figure et tombez morts.